mercredi 9 avril 2008

Rassemblement de soutien et de solidarité

Afin de dénoncer les exactions auxquelles se livre l’Etat nigérien et malien dans le vaste Pays touareg, et pour exprimer leur soutien au peuple touareg en lutte contre l'injustice et la marginalisation, trois organisation de l’Hexagone, L’Internationale Touarègue, France Libertés et Tamazgha appellent à un rassemblement le samedi 19 avril 2008 à 14h00 sur le Parvis des Droits de l’Homme au Trocadéro à Paris.
pour demander:
A la communauté internationale de se mobiliser aux côtés du peuple touareg contre une injustice récurrente subie depuis des décennies...
Aux organisations internationales, aux Etats et aux élus de prendre leurs responsabilités en sortant d’un silence complice...
Rejoignez les organisations et participez au rassemblement du samedi19 avril 2008 à 14h00.
Parvis des Droits de l’Homme (Trocadéro – Paris)

lundi 10 mars 2008

Akh issudar

“Akh Issudar” marque une évolution dans les pratiques d’enregistrement des musiciens de Terakaft. Sous la houlette de Jean-Paul Romann (ingénieur du son de Lo’Jo, réalisateur des « Radio Tisdas sessions » de Tinariwen, et du Festival au Désert, compilation 2003), ils ont entrepris de faire les prises piste par piste, comme il se doit. Après deux mois de tâtonnements, « Akh issudar » compte finalement pas moins de 14 titres aux charmes et aux essences variés....
lire la suite:
http://taoundart.unblog.fr/taoundart-info/

mercredi 20 février 2008

L’art d’être touareg aujourd’hui

Les hommes bleus sur cimaises washingtoniennes
Ils sont des apparitions. Soudain, on les voit surgir entre les dunes, dominant le paysage du haut de leurs chameaux blancs et fièrement drapés dans leurs voiles bleus qui ne leur découvrent que les yeux. Immuable image des Touareg. La teinture indigo de leurs voiles, déteignant souvent sur leur visage, leur a valu d’être surnommés « les hommes bleus ». Image teintée aussi d’exotisme et de romantisme. Mais que sont-ils devenus aujourd’hui ? La réponse est donnée par une exposition qui se tient actuellement au Musée des arts africains à Washington sous le titre « L’art d’être touareg aujourd’hui : les nomades du Sahara dans le monde moderne ».Loin d’être figée dans ses traditions et dans les peintures orientalistes (notamment de Delacroix, Gérôme et Matisse), cette peuplade des déserts d’Algérie, du Niger et de Bali fait avec aisance le va-et-vient entre le passé et le présent, le calme du désert et le brouhaha des villes.
C’est ce que donne à voir cette exposition à travers des photos et une multitude d’objets de leur création.Collaboration avec HermèsTémoin spectaculaire de cette immersion dans un univers qui leur est en principe étranger, leur collaboration avec la célèbre maison Hermès qui leur avait commandé, il y a quelques années, des accessoires en argent qui ont servi à orner des sacs, des ceintures et des bijoux portant sa griffe. Par ailleurs, une collection de foulards Hermès avait été réalisée à partir de motifs et de couleurs touareg.À noter que dans leur artisanat, les hommes bleus continuent à utiliser les techniques ancestrales. Par ailleurs, le partage du labeur n’a pas changé non plus : le travail de l’argent est une affaire d’hommes et celui du cuir est du ressort des femmes. C’est ce que l’on apprend notamment dans la première partie de l’exposition réservée à une galerie de portraits explicatifs de la vie actuelle de ces nomades. De là, on pénètre dans une galerie qui évoque l’immensité du désert où a été dressée une tente à mâts décorés et entourée de brise-vent à motifs.
Le mode de vie est suggéré par des bols de bois, des sacs en cuir, des selles de chameau, des poignards, des épées, des bijoux classiques et des instruments de musique. Une vidéo montre des Touareg avec leurs voiles bleus qui tantôt se déplacent à dos de chameau, tantôt en 4 X 4. Les femmes (qui, elles, ne se voilent pas) portent des robes locales brodées aussi bien que des vêtements importés. Les musiciens jouent sur un tambour fait de peau de chèvre ou sur une guitare électrique.
Thomas Seligman, responsable de l’exposition et aussi grand spécialiste de cette peuplade, précise : « La pratique du commerce est à l’origine de cette adaptabilité. Et le commerce a eu une grande influence sur la culture. » Puis il a mis l’accent sur le point suivant : « J’espère que cette exposition sera une occasion pour que les gens découvrent que des choses magnifiques se passent en Afrique, car les médias ne braquent les feux que sur l’extrême pauvreté, les maladies, le despotisme et la corruption politique de ce continent. Ce qui nous a empêché de saisir la complexité de sa mosaïque culturelle. »
WASHINGTON, d’Irène MOSALLI

lundi 18 février 2008

bismillahi

Bismillahi nassankar nessenta
Dagh assawra fal medden d-ayetma
Bismillahi
Nestagh imaghdaran, nakokal ichenga
Bismillahi
Ad nawen idaghan
San eder dagh fewan
Bismillahi
Naget tanakra fal naddew d-ayetma
Bismillahi

AU NOM DE DIEU

Au nom de Dieu,
Nous commençons la révolution avec mes frères
Au nom de Dieu,
Nous pourchassons les traîtres, nous acculons les ennemis
Au nom de Dieu,
Nous gagnerons les montagnes
Au nom de Dieu,
Soulevons-nous avec mes frères

Keddou ag oussad
Traduction : Nadia Belalimat
Un hymne de la rébellion touarègue des années 90. Un appel à l’unité du peuple touareg
Et au combat pour la reconnaissance de ses droits.

jeudi 14 février 2008

Les Touaregs, encore une fois, victimes de la barbarie de l’Etat nigérien…

Incapables d’aller affronter les combattants touaregs sur le front, les barbares de l’armée nigérienne s’attaquent au bétail des populations touarègues.
Ainsi, le mardi 12 février, des abrutis armés appartenants aux troupes de l’armée nigérienne ont abattus une dizaine de chameaux à Iferouane, dans l’Aïr, des chameaux gardés par un jeune berger resté impuissants devant une bande de voyous. Là, on peut réellement parler de bandits : des lâches qui s’attaquent à des êtres vulnérables.
Et dire qu’il y a des Touaregs qui fréquentent un régime responsable d’actes pareils !

samedi 9 février 2008

La Révolte des Hommes Bleus

« Le pire pour nous, c’est le mépris ». Menacés par la famine, négligés par le pouvoir de Niamey, les rebelles touaregs ont repris les armes pour obtenir un meilleur partage des richesses engendrées par l’exploitation du pétrole et de l’uranium. Reportage de notre envoyé spécial dans le désert du Ténéré.
Ce soir, c’est spaghettis. Comme hier. Et comme demain, sans doute. Un jour, Mohamed Moussa Aboutali y ajoute des oignons. Un autre, du concentré de tomate. Rarement les deux en même temps. Il ne faudrait pas gaspiller les vivres. Dans le Ténéré, la légendaire hospitalité des Touaregs, ces derniers temps, est mise à rude épreuve. « A la guerre comme à la guerre », dit le cuistot en s’excusant. Sa kalachnikov est calée contre un rocher à deux pas des braises sur lesquelles il a posé sa marmite. Quand il était enfant, la erand-mère de Mohamed Moussa lui a confié qu’il avait du sang français. Un sous-officier de l’armée coloniale tombé, prétendait-elle, sous le charme d’une jeune et belle Touareg. Personne ne se souvient ni de son nom ni de ce qu’il est devenu. « Si j’aime faire la cuisine, c’est sans doute un peu à lui que je le dois. »
Le 17 mai, avec quatre de ses camarades, Mohamed Moussa a déserté. A Tchighazérine, où se trouvait leur unité des Forces nationales d’Itervention et de Sécurité (Fnis), ils ont volé le pick-up flambant neuf du préfet, un Toyota de 200 chevaux surmonté d’une mitrailleuse de 12.7. A l’arrière du bolide à quatre roues motrices, ils ont jeté une quarantaine de fusils automatiques empruntés à l’armurerie, une demi-douzaine de lance-roquettes, des caisses de munitions. Ne manquait plus que quelques bidons d’essence et, avant le lever du soleil, ils étaient partis. Sur le tableau de bord, un autocollant : « Un bienfait n’est jamais perdu. » Le préfet était un homme sage et pieux. D’abord ils ont pris la route du nord à travers les montagnes de l’Aïr, puis ils ont mis le cap à l’est. Quelque part au-delà des grandes dunes de sable fin les attendaient leurs frères d’armes du Mouvement des Nigériens pour la Justice (MNJ). Par téléphone satellite, ils avaient convenu du lieu de rendez-vous. Cette semaine-là, ils étaient le second groupe d’ex-militaires touaregs à venir grossir les rangs de la rébellion. Le MNJ aujourd’hui revendique plus de 700 combattants.Depuis Niamey, la capitale, il nous a fallu pas moins de quatre jours pour parvenir jusqu’à cette oasis, au pied du Takolokouzet, où nous attendait notre escorte. Nous avons dû couper à travers la brousse et le désert afin d’éviter les barrages de l’armée et de la gendarmerie qui, depuis le début de l’insurrection touareg, se multiplient dans la région d’Agadez. Le pouvoir est sur les dents et craint les attaques de ceux qu’il appelle des « coupeurs de routes ». Les journalistes non plus ne sont pas les bienvenus. Il y a belle lurette qu’au ministère de l’Information on ne délivre plus d’accréditations pour cette partie du pays. « C’est à cause de l’insécurité. Des bandes armées qui s’en prennent aux -voyageurs. Mais, rassurez-vous, dit un conseiller au visiteur impatient, ça ne durera pas. Dès que tout sera rentré dans l’ordre, vous pourrez, y aller. »
« Moi, raconte Mohamed Moussa en posant sur une natte de plastique le plat de nouilles qu’il vient d’égoutter, ça faisait neuf ans que j’étais dans les Fuis. En neuf ans, je n’ai jamais été ni puni ni promu. Quand j’ai déserté, je n’étais toujours qu’un simple soldat. Dans une armée normale, je serais au moins sergent. Mais pas au Niger. Chez nous, le plus haut qu’un Touareg puisse aller, c’est capitaine. » Comme dans toutes les unités, le haut commandement est aux mains des ethnies du Sud. Plus de la moitié des officiers supérieurs sont des Djermas, des négro-africains, sédentaires comme les Haoussas. Les Touaregs, eux, sont des Berbères, des nomades. De part et d’autre on ne s’apprécie guère. Et ça ne date pas d’aujourd’hui.
« Le pire pour nous, reprend Ibrahima Akhmoudou, un autre déserteur, ce n’est pas le manque d’avancement ou de perspectives. C’est le mépris. Chaque semaine à la radio, à la télévision nationale, on nous rabâche que les Touaregs sont tous des trafiquants de drogue, des bandits de grand chemin... Moi, je ne fume pas t je n’ai jamais volé personne. Et si certains de nos frères ou de nos fils ont conduit des contrebandiers à travers le désert, c’est parce qu’on ne leur a jamais donné les moyens de s’en sortir honnêtement. »
Les Fnis ont été créées en 1996, un an après les accords de paix signés entre le Niger et les rebelles touaregs de l’époque. C’est la coopération française qui a fourni l’essentiel des moyens de transport et de communication. L’idée était à la fois de proposer un travail « dans leurs cordes » aux anciens combattants et de lutter contre les trafics en tout genre aux frontières du Mali, de l’Algérie, de la Libye, du Tchad. Cigarettes, drogue, armes, émigrés clandestins, militants islamistes... L’est du Sahara n’a de désert que le nom et personne mieux que les Touaregs ne sait lire, avant que le vent ne les balaie, les traces qui, d’est en ouest, du sud au nord, se suivent ou s’entrecroisent. Depuis, selon le haut-commissaire nigérien à la restauration de la paix, 3 014 ex-rebelles auraient été intégrés dans les forces armées nigériennes ; 3 500 autres auraient préféré retourner à la vie civile et empocher l’équivalent de 230 euros. Pas même le prix d’un bon dromadaire.
Les rares entreprises étrangères présentes dans la zone se sont engagées, elles aussi, à embaucher en priorité les habitants de la région. Areva la première. L’ancienne Cogema, qui depuis les années 1970 trouve dans le sous-sol du Niger l’essentiel de l’uranium dont ont besoin les centrales nucléaires françaises, n’a pas manqué de donner l’exemple et d’offrir quelques postes de chauffeurs ou de gardiens aux Touaregs d’Arlit ou d’Agadez. Mais le temps a passé. Les vieux sont partis à la retraite. Ils n’ont pas tous été remplacés. Même avec la meilleure volonté du monde, Areva n’a pas besoin chaque année de dizaines de conducteurs ou de vigiles supplémentaires. Beaucoup de jeunes sont sans travail. Sans aucune formation. Touareg, ce n’est pas un métier. « Les emplois qualifiés ? Ils vont à d’autres. Pas aux jeunes des environs qui souvent, comme la plupart d’entre nous, ne sont même pas allés jusqu’au certificat d’études », dit le brigadier-chef Moussana Madou. Dans le ciel constellé d’étoiles, un satellite passe au-dessus de nos têtes en clignotant. « Tu crois qu’ils nous voient de là-haut, les Américains ? » demande notre guide Ibrahim. Sans doute. Depuis le 11-Septembre, ils ont sérieusement renforcé leur surveillance au-dessus du Sahel. Aux premières lueurs du jour, la prière est vite expédiée. En soldats aguerris, les hommes du MNJ préfèrent nettoyer leurs armes que de rendre grâce à Dieu. A moins d’une heure d’ici, l’une de leurs patrouilles, hier soir, est tombée sur les traces de véhicules des Forces armées nigériennes. Mieux vaut ne pas s’attarder, d’autant que ce matin, dans un lieu tenu secret, Aghali Alambo, le chef du Mouvement des Nigériens pour la Justice, nous attend. Trois heures durant, nos voitures tout-terrain filent à 130 kilomètres à l’heure, sur une langue de sable aussi compacte et dure qu’une plage à marée basse. Les copilotes ont les yeux rivés sur leur GPS. A cette allure, si nous roulions ne serait-ce qu’un quart d’heure de plus nous nous retrouverions, sans même nous en apercevoir, du côté algérien de la frontière. La base du MNJ n’est plus très loin. Mais nous ne la verrons pas. La confiance a ses limites. Nous voici dans un vaste cirque bordé d’éperons rocheux. Une forteresse naturelle. C’est là qu’en notre honneur va avoir lieu la grande parade des forces du MNJ. La colonne qui s’avance est impressionnante : une bonne vingtaine de pick-up, tous des modèles récents, sur lesquels ont pris place 8 ou 10 combattants. Certes leurs uniformes sont dépareillés, mais la plupart sont neufs. Un chèche enroulé autour de la tête, certains portent des chaussures de ville, d’autres des rangers de cuir noires qu’ils viennent juste de recevoir. Leur armement est tout aussi disparate. Mais apparemment ils ne manquent de rien. Pièce maîtresse de leur dispositif de défense : un vieux canon antiaérien de 14,5 mm « made in USSR ».
Vêtu d’un treillis beige comme ceux dont sont dotées les troupes américaines en Irak, Aghali Alambo arbore le turban indigo des hommes bleus du désert. A 43 ans, il est le président d’un mouvement qui a vu le jour en février dernier après l’attaque d’une caserne à Iférouane. C’est le frère cadet d’Aghali, Aboubacar Alambo, qui a mené cette opération, qui a fait trois morts et de nombreux blessés dans les rangs des militaires. Depuis, les accrochages se sont multipliés. Jamais jusqu’à présent l’armée n’a eu le dessus. Aghali Alambo n’a rien d’un tribun, d’un chef de guerre charismatique. C’est un homme discret et réservé. Un autodidacte. Il a 20 ans lorsque éclate la précédente rébellion. Le jeune berger s’avère être un fin stratège. De 1991 à 1995, sans jamais, dit-on, avoir tiré un seul coup de feu, il est chef d’état-major du Front de Libération de l’Air et de l’Azawak que dirige Rhissa Ag Boula.
Lorsque, sous la houlette du Burkina Faso, de l’Algérie et de la France, on signe enfin la paix à Ouagadougou le 24 avril 1995, Aghali Alambo revient à la vie civile. Un temps il sera l’adjoint du sous-préfet d’Arlit. Mais bien vite il s’ennuie dans son petit bureau. Alors il se lance dans les affaires et fonde sa propre agence de voyages, Touareg Tours. Chaque dimanche, de décembre à avril, des avions de la compagnie Point Afrique débarquent à l’aéroport Mano-Dayak d’Agadez des « aventuriers » en Pataugas - dont une majorité de Français - venus découvrir les charmes du Ténéré. Grâce à Saint-Exupéry et au Paris-Dakar, le désert est à la mode. Surtout en hiver, quand les nuits sont fraîches et les journées pas encore trop chaudes.
Pour l’ancien rebelle, cet engouement est une bénédiction. Son agence est devenue l’une des plus importantes de la place. Il est désormais un notable. Un homme respecté. Il songe même à se lancer dans la politique. L’été 2005, le Niger une nouvelle fois est à la une de l’actualité. Sur les écrans de télévision en Europe, aux Etats-Unis, des images d’enfants squelettiques, le ventre comme un ballon. Pour la seconde année consécutive, les pluies ont manqué. Dans les villages, les réserves de nourriture et de fourrage, elles aussi, sont à sec. Résultat : une crise alimentaire comme on n’en avait pas vue depuis longtemps en Afrique subsaharienne. Le gouvernement est dépassé. Le président accuse la presse internationale, qui parle de famine, de sensationnalisme. C’est au sud du pays que la situation est le plus grave. C’est donc là qu’interviennent en priorité les ONG, Médecins sans Frontières en tête. Au nord, les choses ne vont guère mieux. Mais qui se soucie des nomades et de leurs troupeaux ?
Pas grand monde. Sauf Aghali Alambo, qui remue ciel et terre pour obtenir de l’aide, qui utilise ses propres 4x4 pour acheminer des vivres. Il sait depuis toujours qu’à Niamey les autorités se fichent comme de leurs premières babouches du sort des Touaregs, des Peuls, des Toubous, des Arabes du Niger. « Les promesses qui nous ont été faites au moment des accords de Ouagadougou en 1995 n’ont pas toutes été tenues, loin de là, dit Aghali Alambo. Ce qu’on demande, c’est, un réel partage des richesses générées par l’exploitation de l’uranium et du pétrole, une vraie décentralisation, pour que cet. argent. serve en priorité à des projets de développement dans la région. » Jusqu’à présent, seuls 15% des bénéfices des compagnies minières étrangères vont aux collectivités locales. Le mouvement rebelle voudrait que ce chiffre passe à 50%. Et il a les moyens de se faire entendre. Le 19 avril, le MNJ attaque en pleine nuit un site de prospection d’Areva près d’Imouraren, tue deux gardes et s’empare de six voitures. « Un avertissement », dit un communiqué de la rébellion. Le message est reçu cinq sur cinq. Fin juin, les autorités nigériennes expulsent le Monsieur Sécurité de la compagnie française, un ancien attaché de défense à l’ambassade de France à Niamey. On lui reproche d’être entré en contact avec le MNJ pour protéger les intérêts de son employeur.
Le 6 juillet, un Chinois, employé d’une entreprise spécialisée dans le nucléaire civil, est enlevé près de la localité d’Ingal, à une centaine de kilomètres à l’ouest d’Agadez. Pour Aghali Alambo, pas question de rançon. Mais un ultimatum. La Chine doit cesser de soutenir financièrement le pouvoir « prédateur » nigérien, qui grâce aux dollars chinois achète de l’armement en quantité. Récemment, le président Mamadou Tandja se serait procuré deux hélicoptères d’attaque Mi-24 de fabrication russe pilotés, paraît-il, par des Ukrainiens. « Nous soupçonnons aussi les Chinois, confie le chef du MNJ, d’enterrer secrètement des déchets toxiques, de se servir Je nos terres comme d’une poubelle. Ca ne peut pas continuer comme ça. » La China Nuclear Engineering and Construction Corporation ne se l’est pas fait dire deux fois. En attendant des jours meilleurs, elle a suspendu ses activités de prospection et rapatrié tout son personnel hors de la zone de tension. Dix jours après avoir été kidnappé, Zhang Guohua et les trois militaires censés assurer sa protection étaient remis par les rebelles au Comité international de la Croix-Rouge. Tous sains et saufs. A quelques dizaines de mètres du lit pliant sur lequel Aghali Alambo s’est assis pour tenir conseil avec ses principaux lieutenants, ses nouvelles recrues s’entraînent à marcher au pas. Parmi les apprentis combattants, trois ou quatre portent la barbe taillée au carré des musulmans très pratiquants. Aux heures les plus chaudes de la journée, plutôt que de faire la sieste à l’ombre d’un rocher, ils se plongent dans le Coran. Des islamistes ? « Non, dit leur chef. Nous ne sommes ni des fondamentalistes ni des salafistes. Nous n’avons rien à voir avec les Algériens du GSPC ou avec les terroristes d’Al-Qaida. Nous sommes la Jeunesse arabe du Niger. Nous aussi, nous en avons assez des discriminations. C’est pour cela que nous avons rejoint nos frères touaregs. Nous avons les mêmes problèmes avec le pouvoir, les mêmes objectifs qu’eux. » Dans le civil, Abta Hamaïdi est un riche commerçant. Ici, avec ses lunettes fumées dernier cri, son turban de couleur ocre et sa combinaison moulante, on dirait un Omar Sharif un peu enrobé qui attendrait le signal du metteur en scène pour lancer ses troupes à l’assaut d’une position ennemie. Mais la guerre, la vraie, a commencé...
Au printemps, l’armée prend position à Tazerzeit, à 300 kilomètres à vol d’oiseau au nord d’Agadez. En installant leur camp aux abords du puits, les soldats, à coups de crosse, avaient chassé les nomades qui y faisaient boire leurs bêtes. Pour améliorer l’ordinaire, ils ont égorgé quelques chèvres et deux ou trois dromadaires. Au pied d’un acacia, trois vieillards regardaient la scène. Mal leur en a pris. Les soldats les ont battus, tués et jetés dans une fosse commune. L’aîné, à moitié aveugle, avait 85 ans, son frère, 80, et le plus jeune, 65 ans, avec une jambe de bois. La nouvelle de leur mort s’est répandue comme une traînée de poudre dans l’Aïr et le Ténéré. Le 22 juin à l’aube, une centaine de rebelles attaquent le camp de Tazerzeit. Les militaires nigériens sont pris par surprise, c’est la débandade. Après une heure de combat, on compte une quinzaine de morts dans leurs rangs et une quarantaine de blessés dont treize dans un état grave. Tous les survivants sont faits prisonniers et remis au CICR. Pour les rebelles, l’attaque était une opération de représailles, une vengeance. Elle fut pour l’armée nationale une terrible humiliation.
Dans la classe politique au Niger, il n’y a plus guère que Mamadou Tandja, le président, pour continuer encore à traiter de « bandits » et de « trafiquants » les rebelles du MNJ. Son Premier ministre comme les députés dans leur majorité lui recommandent instamment de faire appel à des médiateurs - étrangers s’il le faut - et d’entamer le dialogue avec Aghali Alambo pour tenter de ramener la paix dans le pays. En vain. En 1990, cet ancien colonel de l’armée nigérienne était ministre de l’Intérieur sous la présidence du général Ali Seïbou. C’est lui, Mamadou Tandja, qui a mené la répression sanglante qui fit à l’époque des centaines de morts parmi la jeunesse touareg. Personne, dans les rangs du MNJ, ne l’a oublié. Aujourd’hui, à l’évidence, il n’entend pas changer de stratégie. Il a envoyé vers le nord pas moins de 4 000 soldats pour mater coûte que coûte la rébellion. Au vu des premiers résultats, il aurait tort d’être optimiste.
''Correspondant de France 2 en Afrique, Dominique Derda et le cameraman qui l’accompagnait furent les premiers journalistes à se rendre dans le fief de la nouvelle rébellion. ''

samedi 8 décembre 2007

Orascom à timiaouine


Réseau djezzi a timiaouine Après une longue patience le téléphone mobile «djezzi » s’est implanté en timiaouine.
timiaouine est située à plus de 1000 klm au sud ouest de la wellaya d'adrar dans l’extrême sud d’Algérie à environ de 2550km a d’Alger la capitale, ce réseau va permettre a toute la population de rester en contacte avec le reste du monde.A l’instar des autres villes frontalières timiaouine est confronter a des problèmes de communication et d’ouverture .ce réseau d'orascome est un pas vers l’avant, mais pas suffisant.Malgré l'importance de cette localité parmis des villes touarègue elle reste toujours sans Internet.

mercredi 28 novembre 2007

Tinariwen au Club Soda(Canada) : tous pour eux

Le concert donné vendredi soir dernier au Club Soda était placé sous le signe du Festival au désert, événement annuel se déroulant à Essakane, au Mali, depuis 2001. Le joueur de kora Mamadou Diabaté en première partie, puis le groupe Tinariwen - qui a d’ailleurs été découvert à ce festival - ont bravé l’hiver précipité pour souffler le sirocco devant quelques centaines de fans qui en avaient bien besoin...Face à ces bluesmen militaires porte-étendard d’un peuple touareg sans pays, le public a fondu comme neige au soleil. Même sans pouvoir saisir la gravité de leurs textes, nous étions tous devenus militants pour leur cause, tiens ! Vêtus de leurs costumes traditionnels, armés de leurs guitares électriques, les cinq musiciens n’ont pas mis de temps avant d’envoûter les Montréalais en ce vendredi soir frisquet avec leurs grooves cadencés et des riffs familiers, bien que venus d’ailleurs.L’effet que procure cette musique est fascinant. En deux chansons assez courtes, le public faisait partie de leur voyage sans fin. Les nomades musiciens sont arrivés à quatre sur scène ; un percussionniste assis à l’avant et trois guitaristes-chanteurs. Offrant un chant dépouillé au tempo rapide, ils ont dressé la table avant d’inviter un cinquième musicien et de brancher la basse électrique. On a monté le volume, et le groupe a visité son répertoire en près de 90 minutes. De toute évidence, nous en aurions pris davantage.Quelque part entre le Delta blues et les rythmes traditionnels de l’Afrique de l’Ouest, Tinariwen et leurs confrères- bluesmen (cherchez la musique de Toumast, Kel Aïr, Tarbiyat, Terakaft) ont inventé leur voix, accessible et charismatique. Le bassiste avait le geste d’un vieux loup funk, la tête enrubannée hochant à gauche et à droite.

Le barbu au bout du rang, guitare électrique au cou et sourire béant, semblait montrer les pas de danse aux spectateurs. Contagieux : c’était la fête, même si loin au nord du Niger, les combats pour la défense de ce qu’ils considèrent être leur territoire ont repris.Leur jeu sans grande finesse était compensé par l’authenticité de la performance, attendue depuis déjà deux ans alors que le groupe avait dû annuler à la dernière minute un concert prévu au Festival de jazz (qui présentait d’ailleurs la soirée Festival au désert dans sa série Jazz à l’année). Les riffs de guitare sont simples, mais d’une efficacité terrible. Le blues des Touareg, appelé assouf - nostalgie, en tamasheq, langue des nomades du Sahara - ne connaît pas plus les frontières que le blues qui a inspiré les Rolling Stones, pour ne nommer qu’eux. Les chants de groupe étaient crûment lancés sur ces rythmes parfois complexes, rendant la décharge encore plus vive.En fin de parcours, après le troisième rappel « forcé » par les applaudissements du public, les musiciens de Tinariwen nous ont personnellement invités à aller les visiter, en janvier prochain, pour la 8e édition du festival. Et si le coeur vous en dit, l’info est par ici : festival-au-desert.org - une trentaine de groupes y sont invités, et vous risquez aussi d’y croiser quelques habitués, comme Damon Albarn (Gorillaz) ou encore Robert Plant, qui a jammé là-bas avec Tinariwen.

lundi 26 novembre 2007

Hawad, la pensée nomade


De l’intérêt de présenter Hawad... Le peuple touareg a toujours exercé une sorte de fascination sur les sociétés européennes et sur la nôtre en particulier. A l’heure où il n’apparaît à l’écran que pour meubler des heures d’antenne inoccupées par les aléas d’une course assourdissante et meurtrière qui a l’insolence de vouloir commémorer le souvenir de leur grandeur passée, il est bon de rappeler qu’il s’agit avant tout d’un peuple et d’une culture en perdition dont Hawad est un des porte-paroles. Poète, romancier, auteur de pièces de théâtre et de récits ( qu’il appelle ses " veillées" ), Hawad est aussi calligraphe, et ses oeuvres ont été exposées en Europe, en Amérique et en Afrique. Chantant la résistante et la révolte, il nous transmet une vision du monde propre à sa culture et affirme l’identité touarègue ainsi que le droit à une autre façon de vivre.
Hawad est né en 1950 dans une famille nomade au nord d’Agadez. Il définit l’éducation touarègue non seulement comme l’apprentissage de la vie dans le désert, de la transhumance, de la connaissance et de la classification des espèces (végétales et animales), mais aussi comme l’apprentissage d’une culture transmise par des cycles de contes très élaborés -cinq cycles au total, dont le dernier cheville l’ensemble.
Il apprend la maîtrise de la parole en accompagnant son grand-père aux assemblées politiques (appelées "asagawar") et participe avec sa mère et son oncle maternel aux "ahal", ces veillées qui sont autant d’écoles au théâtre, à la philosophie et à la poésie (joutes poétiques, éducation à l’amour courtois comme cela se fait encore en Occitanie).
La pensée nomade
Hawad définit la culture nomade dont il est l’héritier ainsi : "Pour le nomade, la pensée n’existe qu’en marchant ou en chantant ; et tout ce qui est nomade doit être soit chanté, soit marché pour être vraiment tel".
Cette pensée repose donc sur des supports mobiles - l’espace, le corps, l’architecture (1) - et s’oppose aux pensées rigides en cela qu’elle a besoin du mouvement pour se définir. Ainsi, comme on va le voir, c’est bien par le nomadisme que s’exprime le propre de la pensée touarègue.
Dans les campements, au cours des veillées, la nuit se passe à décrire des objets ou des animaux ; par exemple une gazelle ou une chamelle. Chacun se lance dans un exposé, si bien qu’à la fin, on a l’impression que les mots ont été épuisés.
L’objet décrit est de ce fait mis en mouvement, passe de bouche en bouche, chaque orateur s’efforçant de lui apporter sa touche d’esthétisme. Envisagé sous des angles multiples, l’objet se retrouve alors projeté dans des espaces variés qui feront surgir le contraste souhaité par l’orateur. Ainsi, à partir de l’esthétisme de l’objet, on dépasse la beauté de sa forme pour entrer dans le flou de sa matière, de son graphisme ou de l’espace, selon l’effet recherché. C’est là, au cours de cette phase où l’on épuise les mots et la pensée que s’instaure l’état de vision que recherchent les touaregs. Ceux-ci pensent en effet qu’il existe une autre philosophie que celle de la rigidité et ils conçoivent une pensée qui réside dans la tension du mouvement. On accède alors à un état sauvage de la matière ou de la forme, dans l’étape originelle où les choses existent dans une "existence de la non-existence". C’est-à-dire, par et pour elles-même,dans leur essence propre.
C’est seulement à partir de ce moment que les choses pourront être nommées pour ce qu’elles sont, puisqu’on parvient alors à les saisir sous leur véritable identité, loin de l’image dénaturée qu’impose l’usage social.
Au delà de la nomination, elles recouvreront leur véritable identité, étant donné que leur identité " d’usage " est fausse puisque attribuée par la société, (cf. les travaux de F. De Saussure qui a mis en évidence l’arbitraire du rapport " signifiants/signifiés ". Ce qui est recherché à travers ce procédé, c’est une autre vision, un autre regard, un regard qui ne soit plus influencé par notre éducation, par nos conceptions culturelles pour tenter de saisir l’ "être" de l’objet dans son état le plus pur. "Pour parvenir à ce stade, il faut des conversations qui durent des nuits, des mois, voire des années entières. Une conversation commence, s’arrête et est reprise le lendemain. La parole n’est qu’un fil qu’il faut chaque fois tisser, détisser et tresser" (2).
Un itinéraire nomade
Bouleversé par la mort de son grand-père, il quitte le campement à l’âge de sept ans et s’enfuit dans le désert avec quelques chameaux. Malgré son aversion pour l’Islam, il est recueilli par un groupe soufi où il retrouve son oncle paternel. Il découvre alors l’alphabet arabe, ce qui lui permet d’étudier la kabbale, la géomancie, le christianisme ainsi que les auteurs anciens grecs, arabes et hindouistes. C’est là aussi qu’il apprend la technique du chant qui préludera à son écriture. Cet enseignement se réalise sous l’égide d’un ancien esclave affranchi qui deviendra son maître spirituel.
A dix-sept ans, après avoir voyagé en Libye, en Tunisie et en Algérie, il décide de partir pour l’Egypte en se joignant aux caravanes tel un auto-stoppeur. Il devient alors une sorte de vagabond itinérant à la recherche de lui-même, se rendant là où il entend parler d’un maître susceptible d’enrichir ses connaissances. Il chemine ainsi jusqu’à Bagdad où il restera six mois.
De retour au campement en 1969, il trouve une situation catastrophique : la sécheresse s’est installée, la misère se développe et les touaregs ont été dépossédés de la gestion des pâturages et de l’eau ; ils ont perdu la maîtrise de leur espace écologique et géographique. Hawad s’enfuit alors à nouveau.
Cette fois, c’est vers l’Europe qu’il part vagabonder, rencontrant dans le mouvement hippy certaines affinités avec sa vie nomade. Il découvre aussi qu’en Europe, l’homme vit au service de la machine. Au bout de deux ans, il retourne dans l’Aïr où il étudie la transe et se livre à une interprétation de l’écriture et de la géométrie touarègue pendant sept ans.
Tifinaghe
Désirant rendre compte de la philosophie et de la cosmogonie touarègue, il s’aperçoit qu’il ne peut y parvenir par l’utilisation traditionnelle de l’alphabet touareg : le tifinar. Il existe plusieurs types de tifinar, mais les touaregs n’utilisent leur écriture que pour l’usage de choses que l’on " déchire " - ce sont ces petites tâches quotidiennes telles que les correspondances, les notes commerciales, (parfois, les messages galants...) qui ne sont pas appelées à s’inscrire dans le long terme. Au contraire, tout ce qui est essentiel à l’Histoire, la pensée, la médecine, le mode de vie se transmet oralement. La pensée s’exprimant par d’autres voies l’écriture conserve un caractère métaphorique et n’est utilisée que comme outil d’appoint. Le tifinar est pourtant le seul instrument de la société touarègue et Hawad se refuse à s’en défaire. Pour lui c’est un outil supplémentaire pour l’Afrique et il s’insurge contre le fait que l’on en dépossède les touaregs en les obligeant à utiliser l’alphabet latin ou arabe. "La pire des choses que l’on puisse faire à une société au moment où elle possède une écriture, c’est de la lui arracher pour lui en apprendre une autre. Je pense que c’est vraiment injustifiable et que c’est vraiment la violation des âmes des autres. Nous sommes en effet dans une culture nomade qui ne possède pas beaucoup d’objets, aussi prendre le tifinar aux touaregs, c’est leur prendre leur âme" proteste-t-il.
Hawad semble être le seul touareg à beaucoup écrire en tifinar (tous ses manuscrits sont d’abord rédigés dans l’alphabet tifinar). C’est, rappelons-le, une écriture marquée par son origine et son support initial : la pierre. En délaissant le burin pour la plume, Hawad transforme l’écriture et augmente sa rapidité d’exécution ; les lettres en viennent à se lier entre elles et l’écriture devient cursive. Par ailleurs, il rénove l’alphabet en proposant les graphies de quatre voyelles.
La calligraphie
Se heurtant à l’impuissance des outils linguistiques dont il dispose pour traduire sa pensée, il part alors à la recherche d’une autre forme de langage et d’écriture. Il cherche une expression où les mots peuvent avoir plusieurs sens et plusieurs portées, autrement dit, il vise une formule qui évoque plus qu’elle ne définit, ou tout au moins qui ne mutile pas les choses sous une étiquette. Pour lui, pallier l’insuffisance des mots, c’est réussir à les dépasser et parvenir à une sorte de litanie où l’on récite jusqu’à l’épuisement de la parole. C’est alors qu’on atteint la " Vraie " parole ; le mot, le vocable devient une brique pour construire une pensée éphémère : "chez les nomades, tout ce qui existe est éphémère et ne peut exister que dans l’espace qui sépare départ et arrivée".
En progressant ainsi, il trouve les moyens nécessaires à l’affermissement de son art : "l’écriture est pour moi une autre manière de nomadiser. La page est un espace comme le désert" indique-t-il. Mais le désert ne peut être rempli ; aussi c’est la trace, la rature qui constituera son point de départ. Le trait, c’est le mouvement ; il parvient alors à saisir le nomadisme éphémère du geste et du mouvement. Réussissant de la sorte à briser l’entrave du mot, le trait le conduira à la calligraphie. Selon lui, la meilleure calligraphieest celle du mirage : "le côté illusion qui ne se voit qu’avec l’angle de l’oeil ; l’esthétisme, la beauté, l’analogie ou le symbolisme n’ont plus cours". C’est l’état primitif où toutes les facultés de l’esprit ou du psychisme sont disponibles mais où les repères n’existent pas encore. C’est cet état où l’on pense en refusant une pensée qui nomme les choses, où l’esprit n’est pas dans son état normal. Cela s’apparente à la "wadjd" des soufis, cet état de fusion que l’on obtient par la litanie. De ce fait, en accèdant à cet état "non-nominatif", "non-référentiel", la calligraphie de Hawad brise résolument le carcan culturel et apparaît dans son " nomadisme ".
"Le piège à éviter dans la création - précise-t-il - c’est d’entrer dans la signification, dans la communication. Pour moi l’écriture est une recherche de moi-même. Écrire c’est comme marcher dans le désert, nomadiser dans l’espace, dans le cosmos. Quand je nomadise, je ne nomadise pas pour que les autres me comprennent, pour que les autres m’aiment. Non, je nomadise pour me retrouver moi-même". Il n’y a pas de soucis d’esthétisme dans le caractère ouvertement individualiste de ce qu’il trace ; pour lui,"calligraphie" n’a pas le sens grec de "belle écriture". "C’est comme quand tu jettes une pierre dans l’eau - ajoute-t-il. Ce n’est pas la pierre qui m’intéresse, ni l’eau, mais les ondes, les multiples ondes que la pierre projette". C’est ainsi qu’il impulse un rythme à son style qui impose au lecteur de se laisser porter par ces ondes qui se multiplient à l’infini. Pour ne rien perdre de l’impétuosité de son art, il faut accepter de ne plus s’arrêter sur le sens imposé par notre prisme culturel, se laisser aller à capter les choses sans les définir, à ne pas les "casser en les nommant". On échappe alors à notre besoin de tout étiqueter pour savourer l’émotion fugitive de notre rencontre avec l’oeuvre. L’imagination s’en trouve libérée. Il réussit cet enchantement sur le lecteur par l’alchimie du trait, intermédiaire entre l’infiniment grand et l’infiniment petit (ou l’inverse ), et même si ce qu’il cherche ne se trouve ni dans l’un ni dans l’autre. D’après lui, cela se positionnerait plutôt entre les deux, ou encore entre l’espace et le temps, illusions avec lesquelles il nous faut compter. Sa calligraphie est donc une pensée, une philosophie où ce qui importe est moins ce qu’on trouve que ce qu’elle peut évoquer ; elle apparaît "comme une trace sur le sable de l’infini du désert".
Le théâtre et la poésie
Plus tard, il s’aperçoit que le mot, le vocable, autrefois une entrave, peut se marier à la calligraphie. La poésie surgit alors : "C’est la voix derrière le trait ; elle n’est pas faite pour communiquer. La meilleure poésie pour moi, c’est celle du son ; je ne fais pas de différence entre un signe dans l’espace, dans l’air, dans le vent ou sur une brique. La vraie poésie, c’est le trait, le son " in-culte, le côté brut de la chose qui n’appartient à aucune culture". On observe de nouveau dans cette déclaration une volonté farouche à s’extraire de tout cadre, de toute étiquette, spécifique à la " pensée nomade ". Mais son inspiration littéraire ne s’arrêtera pas là ; se conjuguant à son patrimoine culturel, la poésie l’amène au théâtre : "ce que je fais, je ne sais pas si on peut l’appeler "théâtre".j’ai en effet plusieurs manuscrits qui sont du " théâtre " et de la poésie. C’est une poésie plutôt théâtrale, c’est un chant qui est incantatoire. Plusieurs personnes dialoguent et chantent en une sorte d’opéra (si le mot convient), plusieurs personnes chantent. Là, je m’inspire complètement de l’espace de la parole des veillées touarègues". On notera au passage que les "pièces de théâtre" composées par Hawad sont difficilement "étiquetables" et échappent encore aux lois du genre, puisque, comme il le dit lui-même, elles se positionnent entre le chant incantatoire et la poésie. Bien qu’il s’inspire souvent de la transe et de la guerre, thématique chère à sa culture nomade, il ne répugne pas à l’érotisme au sens physique.
La culture du métissage
Même si Hawad vit hors de l’espace touareg, sa culture vit en lui. Loin de circonscrire celle-ci à une aire géographique, il rappelle la dimension individuelle de toute culture : "Je ne peux accepter les frontières, les barrières. La culture dépasse les limites de l’Etat. La culture du Niger dépasse le Niger pour se trouver au Sénégal ou en Ethiopie.[...] La culture n’appartient pas à l’Etat ; la culture appartientaux peuples et les peuples n’ont pas ces limites. Elle appartient aux hommes la culture, elle circule, elle se change. Quand une culture se ferme dans une frontière, elle meurt. Les frontières, c’est l’abcès, c’est le travail de quelqu’un qui a peur de l’extérieur, qui se ferme". L’aversion de l’auteur pour les frontières et autres " étiquettes " est un thème récurrent de son travail sur lequel nous nous arrêterons plus longuement dans le paragraphe suivant. Revenons à la culture ; elle est pour lui une sorte de tamis au travers duquel il appréhende les autres cultures. Ainsi, il n’hésite pas à "touarèguiser" la culture française en la passant au tamis de la culture touarègue, comme il le fait en sens inverse, en passant la culture touarègue au crible de la culture française. La possibilité de passer d’une culture à l’autre, lui apporte des richesses extraordinaires, notamment celle d’ouvrir le champ de son expression. "Je m’efforce donc d’être disponible à toutes les cultures. On a besoin de sources qui viennent d’ailleurs. Moi, je ne fais pas la différence entre ce qui est ma culture traditionnelle et les autres cultures. Ma culture, c’est l’ensemble, c’est la synthèse".
On touche là une idée fondamentale qui traverse toute l’oeuvre de Hawad : la mise en scène de la " marge " (ou "Les Marges" (3), ce "carrefour des utopies où se réunissent les poètes et les philosophes de toutes les chiffonneries des peuples de la terre"), cet espace non défini entre plusieurs cultures. Déchiré dès son plus jeune âge entre son éducation touarègue et l’enseignement religieux soufi, son intérêt se porte rapidement sur " ceux qui n’ont pas exactement leur place ".C’est-à-dire, ceux qui n’entrent dans aucune catégorie, qui ne sont ni d’un groupe, ni d’un autre mais qui existent pourtant, auxquels aucun nom ne convient et qu’on ne peut "nommer" parce qu’ils sortent du cadre étroit de l’institution ; ils se situent "en dehors" de toute "étiquette" ; on distingue clairement la marque de la "pensée nomade".
Loin de faire un dogme du nomadisme, Hawad vit et fait vivre sa culture en la confrontant à la réalité du quotidien. A la recherche de la rencontre, il affirme que "sans jeter sa peau, on peut renforcer sa peau avec celle des autres" et insiste : "Ma culture touarègue, elle est faite de métissage entre l’Afrique noire et l’Afrique blanche".
Cependant, il est conscient des limites qu’elle induit et se revendique volontiers d’une culture "sauvage", brute, cosmique (signalons l’analogie entre cette conception et la définition de la poésie présentée au paragraphe précédent). La culture touarègue n’est pour lui "qu’un colis qu’on a passé à son cou à la naissance". Selon lui, toute culture est une entrave. Le seul moyen de s’en libérer, c’est de s’aider des autres cultures. Ainsi, vivant en France, Hawad considère la culture française, de même que tout autre culture, comme une ouverture lui permettant de prendre du recul par rapport à sa propre culture. Envisagée sous cet angle, une culture a besoin du miroir des cultures différentes pour bien se connaître. Elle a besoin de s’y frotter car c’est de ce frottement, de cette rencontre, que germera son évolution. Une culture existe et se développe parce que, précisément, elle utilise son propre tamis pour s’approprier l’apport des autres cultures. C’est justement ce qui la caractérise ; ce qu’elle s’approprie ainsi que la manière dont elle se l’approprie, lui confère sa particularité, ce en quoi elle diffère des autres cultures, c’est-à-dire sa propre identité.
Ayant eu l’occasion de rencontrer d’autres nomades (gitans, navajos, apaches, bédouins arabes et nomades d’Afghanistan et des Républiques musulmanes de l’ancienne U.R.S.S), Hawad constate que ceux qui ont perdu leur espace de nomadisme ont tellement sacralisé leur culture qu’ils se retrouvent enfermés dedans. "Une culture, si on la met dans une boite de conserve, elle ne se renouvelle pas. Une culture doit être comme une éponge qui boit l’eau ; sans l’eau de l’extérieur, elle n’est rien". En revanche, lors de ses périples en Europe, il retrouve la "pensée nomade" chez certains citadins "modernes", qui ne nomadisent certes pas matériellement, mais qui nomadisent bel et bien par l’esprit. "Le nomade, c’est celui qui comprend tout, qui s’adapte à tout, celui qui est prêt à changer, celui qui vit la métamorphose à chaque instant, qui est disposé à accepter le changement à la seconde près, et même qui est à l’affût du changement, avant qu’il ne survienne".
Une pensée libertaire ?
La société touarègue, loin de constituer un idéal de la pensée libertaire, partage pourtant avec elle des traits marquants. Il apparaît à l’analyse que ce qui ne pourrait être que l’engagement philosophique et politique de l’auteur résulte pourtant bel et bien de la "pensée nomade".
Dans plusieurs de ses oeuvres Hawad met en scène des personnages insoumis à la société de domination (Les Marges, 1997, Yasida, 1991). Quelques citations relevées ça et là tendent à mettre en évidence un caractère peu commun en littérature ; il y a d’abord, ces attaques à l’endroit des Etats politiques se partageant le Sahara, ainsi qu’à la politique africaine de l’ancienne puissance coloniale : "Et, altier comme un taureau porteur de l’univers, il souhaita tous les venins possibles de scorpions, de vipères à cornes des salines, et même les coliques de l’eau saumâtre du puit de Balaka, aux Etats qui tannent les peuples du Sahara et du Sahel et à leur éminence grise, le caméléon tricolore" (in, Les Marges).
Il semble pertinent de mettre en rapport cette citation avec les propos de l’auteur au sujet des frontières exposés dans le paragraphe précédent. En effet, les frontières sont les premières à avoir physiquement coupé l’expression de la "pensée nomade". Elles constituent donc pour le nomade la première matérialisation de l’oppression.
Cependant, on s’aperçoit vite que la révolte de Hawad, ne se limite pas aux oppresseurs du peuple touareg, et qu’il s’en prend aussi aux liturgies institutionnelles de l’Occident : "Nous, les têtes de mule, nous refusons et combattons toute humanité sans regard qui apporte la pierre de sa maison pour ériger sur ses omoplates un Elysée, un temple ou une caserne" (in, Le Coude Grinçant de l’Anarchie, 1998). Il ne prône pas pour autant un attachement aux valeurs de l’Orient : "Alors, sans le fétichisme d’un Orient ni le ténébreux déluge d’un Occident, mais à la façon de l’olivier, arbre du milieu..." (in, Le Coude Grinçant de l’Anarchie, 1998), et n’hésite pas à réaffirmer le paganisme originel des touaregs : "Nous ne sommes les colporteurs ni du Coran de Mohamed ni de l’Evangile du fils de Marie ni de la Thora d’un Moïse. Ne nous cherche pas ici bas à proximité des messagers d’un Dieu" (in, Le Coude Grinçant de l’Anarchie). Voilà qui nous met dans l’idée qu’on pourrait être en présence d’une pensée sans Dieu ni maître...
L’opinion de l’auteur paraît cette fois sans équivoque lorsque, après avoir brandi les couleurs du communisme-libertaire dans les dernières phrases des Marges, ["Akharab, ton linceul, c’est en rouge et noir que je le teindrai, et j’y vais tout de suite".], il déclare dans Le Coude Grinçant de l’Anarchie, "Seuls aux coudes des hommes libres (4) s’accrochent les bracelets de combat pour trancher et briser la nuque du pouvoir".
Néanmoins, il serait dommage de s’arrêter à ce premier degré de lecture, sans chercher à le dépasser et à essayer de comprendre en quoi cet engagement découle de la "pensée nomade". La particularité des personnages mis en scène dans l’oeuvre de Hawad réside aussi dans le fait qu’il s’agit souvent de groupes "mélangés" du point de vue des origines, ou tout bonnement de métisses (Yasida, 1991). Dans tous les cas, il s’agit bien d’individus difficilement "étiquetables". On reconnaît là un des thèmes caractéristiques de sa production et on rejoint ici l’intérêt que porte l’auteur à cette zone floue dont nous avons déjà parlé et où toute nomenclature est inopérante : "Je n’aime pas entendre parler de calligraphie nigérienne, malienne, algérienne. Pourquoi ? Pourquoi cet engouement pour les étiquettes ? Hier on était tous les mêmes, on était tous en commun. Moi, je n’aime pas trop les étiquettes. Je me reconnais dans toutes les ethnies, ce sont tous mes frères". Ce qu’il faut souligner dans cette déclaration, c’est d’abord la volonté de l’auteur de consacrer l’être humain dans son universalité à travers cette clameur internationaliste (cf. chapitre précédent) ; ensuite arrêtons-nous sur cette opposition aux "étiquettes" : on sait maintenant comment les touaregs cherchent un état de vision particulier qui permet de "voir les choses avec l’angle de l’oeil" - c’est d’ailleurs une pratique courante en astronomie, qui aide à percevoir des objets très peu lumineux en évitant de les fixer directement, de sorte que seul le contour de la rétine, plus sensible, en reçoive la lumière - pour accéder à cet " état sauvage de la matière " où les choses échappent à leur " nomination ". En transposant cette façon d’appréhender la réalité dans sa création artistique, Hawad démystifie radicalement le mot, la langue, la culture ou les institutions en mettant en relief leur aspect factice et arbitraire. Ce procédé qui consiste à concevoir les choses sous un angle différent, à les envisager depuis " l’en dehors " ou encore
" l’extérieur " - en tous cas au delà des limites symboliques institutionnelles - correspond en politique à l’analyse libertaire. C’est ce que souligne C.Ferrer dans un article intitulé "L’hérésie moderne " (5) : "...les idées anarchistes ont promu une pensée "du dehors", une idéologie réfractaire aux symboles politiques". Les libertaires sont en effet les seuls à proposer une conception politique " en dehors " des repères institutionnels, une approche externe, dégagée de l’hémicycle traditionnel. On découvre ainsi une puissante corrélation entre ces conceptions artistiques et politiques et il semble pertinent de penser qu’elles procèdent toutes deux de cette façon originale d’envisager la réalité.
On peut encore rapprocher la pensée nomade de la philosophie libertaire du fait que cette idéologie répugne à être dogmatique. Il n’existe pas de Livre Sacré. La pensée anti-autoritaire exige la non-fixité et le mouvement pour être telle. C’est précisément ce qui la caractérise. Elle se construit elle aussi dans la fluidité du mouvement, dans le passage ; elle est nécessairement éphémère puisqu’en construction permanente. C’est ce qui l’associe à la pensée nomade. Cette non-rigidité, l’absence de préceptes figés, respecte par avance la liberté fondamentale d’improvisation des acteurs, comme on a pu le constater par la diversité des idées et des pratiques réalisées au cours de l’histoire. Ce mouvement essentiel se retrouve encore dans la pratique constitutive de l’anarcho-syndicalisme - la rotation des tâches - qui implique la participation de tous afin que le pouvoir soit lui même mis en mouvement et passe véritablement entre les mains des citoyens.
Pour conclure, il ne s’agit pas de déclarer que la pensée nomade et la pensée libertaire sont identiques, mais plutôt de rapprocher ces deux conceptions, l’une européenne et l’autre africaine, toutes deux issues de la pensée des hommes, en des temps et des lieux différents.
Les projets
Les projets de Hawad s’articulent autour de sa volonté d’être un pont entre la société touarègue et l’extérieur. Outre sa proposition de doter le Tifinar de quatre voyelles, il travaille également à le mettre sur clavier d’ordinateur.
Il envisage aussi de créer une maison d’édition pour les jeunes qui écrivent en Tifinar, car ce qu’il souhaite par dessus tout, c’est d’aider les touaregs à conserver leur nomadisme spirituel. A plus long terme, il envisage de constituer un groupe de théâtre où toutes les ethnies du Sahel pourront s’exprimer ainsi que la création d’un centre d’activités artistiques à Alger, New York ou Bamako, " ...à condition que l’Etat n’ait pas son mot à dire parce que je pense que la création ne peut appartenir à l’Etat. La création et les barbelés, ça ne va pas ensemble".
Conclusion
Ce long développement a donc tenté de mettre en évidence la distinction qui sépare le nomadisme du pastoralisme. La culture touarègue construit son identité à partir d’une conception du monde inédite qui se traduit par une organisation sociale insolite (c’est quand même un des seuls groupes humains où ce sont les hommes qui doivent porter un voile !). Ce qu’il s’agit donc de sauvegarder, c’est une conception du monde qui appartient au patrimoine de l’humanité. Aujourd’hui plus que jamais, elle risque pourtant de s’éteindre. Au cours de son histoire, la société touarègue a commencé par endurer l’offensive islamique qui l’a profondément affectée jusque dans ses mythes fondateurs. Elle a ensuite connu les assauts de la colonisation occidentale. Dans le même temps, la mécanisation des moyens de transport entraînera l’abandon des pistes du désert, privant les touaregs d’un de leurs principaux moyens de subsistance. Aujourd’hui, exposée comme nous tous à la standardisation sociale imposée par l’impérialisme consumériste de la pensée unique, elle doit faire face aux effets de la mondialisation. Cette société, comme celles des autres peuples dont le système social n’est pas rentable pour le libéralisme, est condamnée à disparaître. Hawad, comme d’autres, est un résistant à l’enculturation planétaire, son combat est aussi le nôtre. A ce titre seul, il mérite au moins notre solidarité, car ce qu’il défend finalement, c’est le droit de vivre différemment.

dimanche 25 novembre 2007

Djanet riche par ses ressources et pauvre par ses dirigeants

À Djanet, on scrute toujours l’horizon

Riche en ressources gazières mais aussi par la beauté de sa nature, Djanet est malheureusement réduite à la misère par le fait de la bêtise humaine. Située à quelque 1200 km au sud d’Alger, elle semble totalement isolée si ce n’est l’ouverture avec l’aéroport et une piste de 220 km qui la relie à Illizi, chef-lieu de la wilaya dont elle dépend.

Les routes qui mènent vers les frontières avec la Libye et le Niger sont très surveillées par les gardes-frontières et l’armée. Les parcours souvent empruntés par les contrebandiers et les terroristes sont tellement dangereux que la population s’y aventure rarement. Ainsi enclavés, les jeunes de Djanet sont durant les six mois de l’année réduits à la contrebande et les six autres mois à lutter pour un travail comme chauffeurs, guides, cuisiniers ou interprètes pour une agence de tourisme. Une situation qui a engendré un profond malaise et à maintes fois une grande colère exprimée notamment par de violentes émeutes. La confiance entre la population et les dirigeants locaux n’existe plus. Plus personne ne croit aux promesses, à plus forte raison lorsqu’elles sont faites à la veille des rendez-vous électoraux. La forte abstention ayant marqué le dernier scrutin législatif hante l’esprit des partis qui vont prendre part aux élections locales prévues le 29 novembre 2007. Les panneaux d’affichage dans les rues principales sont pratiquement vierges. Les quelques affiches collées par-ci par-là par des jeunes payés à la journée sont griffonnées ou carrément déchirées. Signe d’une flagrante rupture avec tout ce qui symbolise le pouvoir. Parce que les APC, pour les citoyens, incarnent le régime qui les a marginalisés, rien n’a été fait pour développer leur région et améliorer leurs conditions de vie. Le pouvoir d’achat est tellement élevé que la pauvreté est perceptible à l’œil nu. Ceux qui entrent au marché de la ville pour la première fois sont choqués par non seulement la mauvaise qualité des fruits et légumes mais aussi par les prix exorbitants. Ici, la pomme de terre, qui a fait trembler le gouvernement lorsqu’elle a atteint 75 DA le kg à Alger, a largement dépassé les 100 DA le kg. L’oignon, la courgette, la carotte et le navet sont affichés à 100 DA, alors que la tomate a atteint les 120 DA. Même les produits de large consommation, subventionnés par l’Etat, comme le lait, flambent à Djanet. Ainsi, une boite de lait en poudre coûte... environ 300 DA et celle pour bébé est à 280 DA. La marque Nespray (pour adulte) dépasse la barre des 350 DA le paquet. Pour ce qui est des viandes, le marché connaît une véritable frénésie. Le poulet est vendu à raison de 350 DA le kg, la viande de mouton entre 600 et 700 DA kg et celle de brebis à 600 DA le kg. De quoi réduire toute une population à une paupérisation certaine, voire à la misère. Même les cadres qui travaillent dans les administrations affirment ne pas réussir à joindre les deux bouts avec la cherté des produits alimentaires. Rencontré dans son petit magasin d’artisanat, Salah Ben Sidi Ali Tikaoui, un notable, la soixantaine passée, ne manque pas d’exprimer sa colère, et à travers elle, celle de tous ses compatriotes. « Notre région a de tout temps été marginalisée. Elle regorge de ressources inestimables qui ne profitent pas à ses habitants mais à ceux du Nord. Comment expliquer que nous achetons le lait à 300 DA le paquet, alors que vous au Nord vous l’achetez à 150 DA ? Comment se fait-il que nous achetons le kg de datte à 350 DA/kg ? La vie est tellement chère ici que les jeunes sont souvent obligés de verser dans la contrebande pour arriver à vivre décemment. Les sociétés pétrolières préfèrent la main-d’œuvre du Nord à celle du Sud... », dit-il. Il affirme que Djanet vit depuis trois ans une situation de sécheresse qui a poussé des dizaines d’éleveurs à abattre leur cheptel. Durant toute cette période, note-t-il, les autorités n’ont pas bougé le petit doigt alors que la région est en train « de basculer vers une catastrophe écologique ». Il explique que les Touareg du Tassili n’Ajjer vivent en général de l’élevage de brebis et de chameaux et depuis quelques années de moutons. L’absence de pluie depuis l’hiver 2004 a réduit sensiblement les espaces de pâturage et d’abreuvement. « J’ai vu des éleveurs abattre leurs brebis et les manger par la suite, parce qu’ils ne pouvaient continuer à les garder. Dans cette région, les gens vivent dans la roche, sans eau et sans nourriture. lls sont les oubliés du système et ils résistent. Mais leur patience a des limites. Les dernières émeutes pour l’emploi n’ont malheureusement pas été comprises. Les autorités gèrent les crises par des promesses, rien que des promesses. Il y a quelques mois, des jeunes ont demandé à être écoutés par le wali. Ce dernier n’a pas daigné donné suite à leurs doléances. Je l’ai moi-même sollicité. En vain. J’ai alors saisi le Premier ministre mais ma demande est restée sans suite. J’ai décidé d’écrire au président de la République et quelques jours plus tard, le chef du gouvernement a écrit au wali et lui a fait injonction de me recevoir. Le wali a demandé à ses administrés d’organiser une rencontre avec la société civile, notamment les associations de jeunes. Moi et certains autres notables avons évité le pire. Tout le monde voulait venir pour exprimer sa colère contre lui. Encore une fois, le problème de chômage a été soulevé, mais à ce jour, soit plus de six mois, rien n’a été fait. Des listes de jeunes à embaucher ont été remises et les candidats attendent toujours. » Pour constater de visu la situation de paupérisation dans laquelle se débat la population, il faut faire une visite à la petite localité de Tayni Aghoum, située à 12 km de Djanet.
« Nous voulons être comme les citoyens du Nord »
Les gens vivent dans le dénuement le plus total. Ayant pour nourriture quelques stocks de dattes dures, la population, pour la plupart des femmes, des enfants en bas âge et des vieux (les jeunes ayant préféré fuir la situation), vit en petits groupes d’éleveurs de chèvres très maigres. « Si la situation continue, nous serons dans l’obligation d’abattre le peu qui nous reste. Le cheptel nous coûte très cher et la moitié a déjà été emportée à cause de la rareté du pâturage et de l’eau. Nous avons fait état de nos préoccupations, notamment pour l’installation de forages, puisqu’il y a de l’eau, mais en vain. Nos familles sont menacées de famine », lance un vieux targui, en regardant quelques brebis affectées ne pouvant plus bouger. Cette famille nous demande avec insistance d’immortaliser la scène de ces deux chèvres qui viennent de mourir pour la transmettre aux décideurs. « Après la mort de ces deux brebis, notre tour viendra. Dites-leur que nous voulons vivre décemment comme tous les autres Algériens du Nord. Notre quotidien ne peut continuer à être fait éternellement que de souffrances », lance le vieil homme d’une voix coléreuse. M. Tikaoui n’a pas tort de parler de profond malaise chez la population. Il s’interroge : « A qui ont profité les budgets colossaux dégagés par l’Etat pour la relance économique de la région ? Le gaz dont regorge la région alimente directement le Nord, alors que des milliers de foyers se chauffent encore au gaz butane acheté à raison de 500 DA l’unité, ou au bois très rare à trouver et dont la collecte nécessite des kilomètres à pied. Le seul créneau, très porteur et qui reste encore à la traîne, est le tourisme. A peine a-t-il démarré en 2000 voilà que l’affaire de l’enlèvement des 32 touristes allemands en 2003 a freiné son élan. Djanet, ce musée à ciel ouvert, est privée de ses visiteurs. De 3500 à 4000 touristes par an, la moyenne est réduite à quelques centaines seulement en 2004. Mais des efforts sont fournis par les agences de tourisme qui poussent comme des champignons pour dévoiler aux adeptes du désert la féérique capitale du Tassili n’Ajjer, une chaîne de montagne de quelque 80 000 km2, et les plus importantes gravures rupestres et plus vielles peintures (rupestres) au monde. Les parcours touristiques sont tous sécurisés, pour peu que les visiteurs soient accompagnés de guides de la région qui sont en général employés par les agences de tourisme. La saison en cours semble être prometteuse. La visite du roi d’Espagne Juan Carlos et de son épouse, au mois de mars dernier, a été une bonne publicité pour les inscriptions. L’attentat manqué contre l’aéroport de Djanet aurait pu tuer dans l’œuf la saison touristique, mais fort heureusement la venue du président allemand quelques jours après à Djanet a été d’un grand secours. Les annulations ont été très rares et les inscriptions de nouveaux groupes, surtout allemands et japonais, se sont multipliées. Mais ce secteur névralgique pour le Sud semble totalement marginalisé par les autorités. Les aides de l’Etat pour le remettre sur rails sont quasiment inexistantes ni en matière de publicité sur les trésors que recèle le Sud, surtout dans les ambassades algériennes à l’étranger, ni en matière de facilitation des procédures de visas et d’entrée des touristes en Algérie. A cela s’ajoute le manque flagrant d’infrastructures d’accueil, notamment les auberges et les hôtels sahariens, lesquels sont principalement axés sur les villes du Nord. Des prospectus rappelant aux touristes leurs obligations en matière de protection de la nature et l’interdiction de déplacer, de prendre ou de saccager des objets trouvés sur leur passage, sont remis gratuitement au niveau de l’aéroport de Djanet. Elaborés récemment par l’Office national du parc du Tassili (ONPT), ils ont été rapidement épuisés par les groupes de touristes. Avec une superficie de 80 000 km2, le parc est un musée à ciel ouvert qui emploie 126 agents de conservation pour contrôler un espace difficile à maîtriser. Son directeur, Amokrane Salah, estime que les moyens actuels sont en deçà des capacités nécessaires pour assurer le contrôle vue l’immensité des lieux. Il reste néanmoins optimiste quant à une prise en charge optimale, avec la livraison prochaine de 17 véhicules 4x4, et compte sur l’implication de tous les intervenants dans la protection du parc. « C’est notre patrimoine à tous. Nous l’avons emprunté à nos ancêtres pour le remettre aux générations futures dans l’état où nous l’avons eu. Sa protection engage une responsabilité individuelle, collective et institutionnelle. Tout le monde est donc concerné, pas uniquement les agents du parc. » En tout cas, cette richesse naturelle inépuisable, plus importante que le pétrole ou le gaz, est la seule à même de faire sortir Djanet de son isolement et de promouvoir un développement durable, sans passer par les services de responsables locaux aux appétits voraces et aux discours creux. Les jeunes de Djanet s’identifient tous à cette vache, illustrée par leurs ancêtres il y a plus de 10 000 ans, et qui fascine depuis des décennies ses visiteurs avec les larmes qui coulent de ses yeux. « Elle pleure le sort réservé à Djanet et à ses habitants... », explique ironiquement l’un d’entre eux.

dimanche 18 novembre 2007

fête du chameau 2008

C'est une fête avant tout à l'honneur du DROMADAIRE. L'idée de la fête du chameau est née de la volonté de ses initiateurs de promouvoir une région méconnue et géographiquement isolée qui pourtant recèle en son sein un potentiel exceptionnel. Les populations de l'Adagh veulent ainsi exprimer à travers un espace propre, leur volonté de protéger et préserver un riche patrimoine qui puise ses racines dans les traditions séculaires des peuples nomades.
Il est destine a un très large public venu de toute la sous-région, du Maghreb Arabe et même du proche Orient avec lesquels nous partageons le souci permanent de redonner au dromadaire ses lettres de noblesse.

Tin Hinan

Son squelette a été découvert en 1925
Tin Hinan, une reine ou un roi ?
Reine mythique des Touareg Ahaggar, devenue figure légendaire et incontournable de l’identité berbère, Tin Hinan n’a pas fini — encore aujourd’hui — de livrer tous ses secrets.
Plus de 15 siècles après sa disparition, elle remplit son univers de fantasmes et aiguise bien des curiosités scientifiques. 82 ans après la découverte du tombeau dit de Tin Hinan à Abalessa (73 km à l’ouest de Tamanrasset), les « doutes » sur l’identité réelle du personnage inhumé ne cessent de hanter la communauté scientifique. Des incertitudes que des chercheurs du Centre national des recherches préhistoriques, anthropologiques et historiques (CNRPAH) appellent à dissiper. De nouvelles fouilles et des tests ADN s’imposent, selon eux, pour identifier le squelette découvert en 1925. Il va sans dire qu’un tel « projet » paraît hautement risqué pour les « gardiens du temple ». La légende et le mythe fondateur des Touareg survivront-ils cette fois-ci à l’implacable vérité scientifique ? Abalessa. Vendredi, 9 novembre. La caravane de préhistoriens, invités de marque du colloque international sur la préhistoire maghrébine (organisé à Tamanrasset du 4 au 9 novembre), marque sa dernière halte. Le voyage au bout de l’Askrem, entamé la veille, prend fin, non sans émotion, sur ces terres d’Abalessa, l’ancienne capitale du Hoggar, au pied d’un des plus grands monuments berbères, le tombeau « présumé » de Tin Hinan. Le monument funéraire se dresse devant ses scrutateurs, gorgé de mystères. Quelques-uns des grands noms de la recherche préhistorique algérienne, Malika Hachid, Abdelkader Haddouche et Slimane Hachi, pour ne citer que ceux-là, font les précieux guides pour leurs collègues du Maroc, de Tunisie, de France, d’Espagne, de Belgique, d’Italie… émerveillés et insatiables. L’histoire et la mémoire des lieux, chacun y est allé de ses certitudes et de ses doutes pour la conter. Au sommet du mausolée, et devant l’assistance disposée en cercle dans une chambre mitoyenne avec celle abritant la « sépulture » de Tin Hinan, Malika Hachid et M. Haddouche plaidaient avec force arguments la reprise des fouilles pour déterminer avec précision le sexe et l’identité du personnage inhumé dans la fameuse chambre n°1. M. Hachi, directeur du CNRPAH, objecte fermement. « Mais en quoi serait-il important de le savoir ? », fait-il mine de s’interroger. « Nous sommes ici, dit-il, dans un site archéologique qui abrite un mythe fondateur qui structure toute la société. » « Il faut laisser de côté le mythe », déclare-t-il, lui « donner sa chance de survie » et ne pas se substituer à la société qui est la seule, d’après lui, à savoir s’il faut laisser vivre ou mourir la légende.
Abalessa et la polémique des scientifiques:
Le débat, plutôt l’échange entre les deux chercheurs, s’enflamme. Malika Hachid répliquera du tac au tac : « C’est un travail purement scientifique. Il s’agit de reprendre des fouilles et des études anciennes, car si on suit la légende et la tradition orale, on a affaire à un mausolée abritant une femme, mais si on suit l’archéologie et l’anthropologie, on a une version qui n’est pas aussi précise. C’est pour cela qu’il faut reprendre toutes les fouilles, étudier de nouveau le squelette, envisager une reconstitution faciale, et des analyses ADN pour savoir si c’est un XX ou XY, un homme ou une femme. » Face à un tel assaut, M. Hachi ironise : « Tin Hinan, femme ou homme, mon Dieu, en quoi serait-ce important ?! » « Ah si, répond Malika Hachid. C’est important, surtout pour une femme archéologue comme moi ! » Le mythe, rappelle-t-elle, était déjà à la base des recherches menées jusque-là. « On range de côté le mythe » Tin Hinane, on a un squelette et on ne sait pas à quoi il correspond. Il y a un doute. Un doute que Marie-Claude Chamla, qui a étudié le squelette, a clairement exprimé. Sur le plan purement archéologique, anthropologique, physique, il y a nécessité de reprendre les fouilles, surtout à la lumière de nouvelles études comme celle de l’architecte de l’Office du parc national de l’Ahaggar (OPNA), Karim Arib, des gravures découvertes à la base du monument et aussi en exploitant le fonds documentaire inédit qui nous a été légué par Félix Dubois. Grand reporter et explorateur, Félix Dubois (1862-1945) était présent sur les lieux en 1903 bien avant les premières fouilles entamées en 1925 par la « mission » franco-américaine conduite par Maurice Reygasse (directeur du musée de préhistoire et d’ethnographie du Bardo) et l’Américain, le comte de Prorok. Une mission qui fera longuement sensation vu la valeur et l’importance de la découverte. Tin Hinan, la « reine mère » des Touareg Ahaggar, venait de renaître de ses cendres. Les deux archéologues découvriront dans la chambre d’inhumation le squelette attribué par la suite à Tin Hinan. Les ossements reposaient, d’après les premières descriptions faites par Reygasse, sur les restes d’un lit en bois sculpté. Le squelette en bon état de conservation était couché sur le dos, orienté vers l’Est, les jambes et les bras légèrement fléchis et la tête coiffée de plumes d’autruche. 15 bracelets en or et en argent, des perles d’antimoine, des perles de métal, un anneau et une feuille d’or, des perles rouges, blanches et colorées, des graines de collier, deux poinçons en fer... et autres objets précieux et moins précieux ont été découverts sur et autour du squelette. Des bijoux d’inspiration sahélienne, selon Malika Hachid, et un trésor funéraire d’une valeur inestimable, pesant 7 kilos d’or. Une telle découverte ne laissa personne indifférent. Le comte de Prorok s’est arrangé, d’après Reygasse, pour obtenir discrètement de Paris les autorisations nécessaires pour transférer le squelette et les objets funéraires aux Etats-Unis. Officiellement pour les présenter dans les universités US. Des chercheurs pour Camps crieront au « vol ». Sa chevauchée à l’Ouest, Tin Hinan l’effectuera sous l’appellation « d’Eve du Sahara » que de Prorok lui choisira.
Une reine berbère à New York !
La reine berbère sillonnera en post-mortem plusieurs Etats dont celui de New York. Et ce n’est que suite aux « vives protestations » des autorités coloniales que le trésor d’Abalessa a été restitué au musée du Bardo. Le docteur Leblanc, doyen de la faculté de médecine d’Alger, était le premier, sur demande de Maurice Reygasse, à réaliser la première étude anthropométrique sur le squelette d’Abalessa. Le squelette qui mesure entre 1,70 et 1,75 m est, d’après Leblanc, celui d’une « femme de race blanche ». Il se basera dans ses conclusions sur les caractères du crâne, la dimension réduite du sternum et des côtes, la forme et la dimension du bassin et l’aspect des os longs des membres. Leblanc signale aussi que les vertèbres lombaires et le sacrum présentent des lésions manifestes avec déformation sur la cinquième lombaire. Autrement dit, Tin Hinan « boitait ». En recoupant avec les « sources historiques », notamment Ibn Khaldoun, on conclura rapidement que le squelette était vraisemblablement celui de Tin Hina. D’après Ibn Khaldoun, les ancêtres des Touareg, les Berbères Houara, appelaient Tin Hinan, Tiski « la boiteuse ». Le patronyme « Tin Hinan » signifie, selon l’analyse linguistique réalisée par Dida Badi, chercheur au CNRPAH, « celle des campements ». Mais tout n’est pas aussi parfait. Le « fabuleux destin » de Tin Hinan est vite assiégé par les doutes. Après Gabriel Camps, les travaux de Marie-Claude Chamla et Danilo Grébénard ont installé définitivement la « légende » Tin Hinan dans une intenable posture. Pour cause, le squelette est, selon eux, celui d’un homme. Mais comment expliquer dès lors la présence de la parure féminine ? Dans ses mémoires éditées en 1968 sur les Populations anciennes du Sahara et des régions limitrophes, Marie-Claude Chamla conclut que les « restes étaient ceux d’une femme à caractéristiques masculines » et ajoute que « si les objets découverts dans la tombe n’étaient pas spécifiquement féminins, nous aurions opté pour le sexe masculin » et ce d’après les « caractères du crâne et du squelette, âgés entre 40 à 50 ans, moyennement robuste », écrit-elle.
Squelette d’homme, parure de femme:
Presque à la même période, un autre chercheur, Grébénard en l’occurrence, avance une thèse moins « indulgente » pour le mythe. Dans son article consacré à l’étude du mobilier funéraire, il écrit ceci : « (…) Le mausolée renferme un personnage certainement de sexe masculin, dont l’inhumation est à la fois datée par le Carbone 14 et par une empreinte de monnaie à l’effigie de l’empereur romain Constantin le Grand, émise entre 308 et 324 après J.-C. » Il va plus loin dans son interprétation du « mythe fondateur » des Touareg. Pour lui, la « légende de Tin Hinan est une création récente, 200 à 300 ans, conjoncturelle, créée par les Touareg Kel Rela pour des raisons d’ordre politique, afin de conserver le pouvoir et leur suprématie sur tous les Kel Ahaggar. Elle est donc totalement étrangère au tombeau et au personnage qu’il contenait ». Cependant, il n’y a pas que le sexe du personnage qui donne encore des migraines aux scientifiques. Le monument d’Abalessa renferme d’autres troublants mystères. Le site, « mal fouillé », selon les archéologues algériens, peut encore révéler — si les recherches reprennent — de précieuses indications pour comprendre aussi bien l’histoire et la servitude initiale du monument. A ce sujet, note Malika Hachid, les archéologues ont avancé deux hypothèses.
Part de légende, part de vérité:
Il s’agit pour la première d’une « sépulture qui a reçu le squelette du personnage dit de Tin Hinan puisqu’on ne sait pas qui sait ». La deuxième, le « monument a d’abord été un fortin », une sorte de petite « tighremet » qui abritait l’Aghlid local (roi) (qui ) à sa mort y a été inhumé, transformant l’endroit en un mausolée. L’étude de Aribi, explique-t-elle, rend les choses plus claires. Les plans développés par l’architecte font ressortir qu’il y a d’abord eu une petite forteresse liée à un habitat de plaine où on venait se réfugier dès qu’il y avait une menace. Pour savoir par qui le site a été sacralisé, « une question d’anthropologie culturelle », il faudrait, selon Malika Hachid, reprendre les fouilles. Les reprendre à la base… du monument, propose-t-elle, où « rien n’a été déplacé ». « C’est là, fait-elle rappeler, que je suis tombé sur la gravure du cavalier, du chameau et des deux inscriptions libyques. Une gravure datant du IIIe siècle. » Une découverte « importante » car elle vieillit d’un coup le site d’un siècle, alors que la datation radiométrique de la lampe romaine et de la tunique en cuire rouge qui recouvrait le squelette le situait entre le IVe et Ve siècles de l’ère chrétienne. A peine cet exposé des motifs terminé, le préhistorien M. Haddouche (ex-DG du Bardo et de l’OPNA) vole au secours de sa collègue au CNRPAH, en mettant en avant le « problème d’ordre chronologique » que posent les 14 chouchets — monuments funéraires — découvertes autour du tombeau d’Abalessa. Leur datation doit être revue, selon lui. « Si les chouchets, explique-t-il, étaient implantées sur le versant du fortin, cela cause un problème d’ordre chronologique, car le fortin a été construit avant. De nouvelles fouilles nous permettront de savoir si celles-ci avaient été islamisées. » Ce qui renvoie à une toute autre époque le règne de Tin Hinan. Les enjeux historiques prennent tout leur sens. Les enjeux politiques aussi. La réaction épidermique de Slimane Hachi, directeur du CNRPAH, aux propositions des deux chercheurs en dit long sur le « souci » qu’a l’establishment à préserver le mythe, même au détriment de la dérangeante vérité scientifique, reléguée au second plan. « On ne joue pas avec la mémoire », commentait Slimane Hachi. La « mémoire », c’est d’abord celle des tribus touareg de l’Ahaggar, descendants de Tin Hinan et de Takama, qu’il incombe de protéger contre les « pourfendeurs » de mythes. La légende n’en est pas moins belle pour autant. Le père de Foucault — qui recueillera au début du siècle les récits des Touareg de l’Ahaggar — rapportait la légende sublimée de Tin Hinan. C’est celle d’une femme venue avec sa servante Takama de sa lointaine contrée du Tafilalt, sud du Maroc, soumettre les Isabaten, la population autochtone qui vivait dans l’Atakor, et fonder son royaume sur la voie des caravanes. Autrement, on n’en sait que peu de choses sur elle, sur son vécu ou son règne. Peut-être faudrait-il juste se satisfaire du souvenir exalté d’une femme
qui du désert en a fait une légende.

lundi 2 juillet 2007

Niger: à Agadez, la misère nourrit la "tentation rebelle" chez les jeunes

AGADEZ (AFP) - "A cause du chômage et de la misère ambiante, beaucoup de jeunes sont d'accord avec les rebelles". Awal, 25 ans s'accroche à son "kabou-kabou" (moto-taxi) pour ne pas succomber à la tentation d'aller rejoindre les Touareg du Mouvement des Nigériens pour la justice (MNJ).
Natif d'Agadez et diplômé en comptabilité, Awal raconte que deux de ses copains "usés par le chômage" ont déjà gagné les montagnes de l'Aïr, à plus de 400 kilomètres au nord, place forte du MNJ. "Ils savent que je ne suis pas discret, alors ils m'ont fait croire qu'ils partaient à Arlit (la cité de l'uranium) pour chercher du travail", sourit le jeune homme.

Pour Alhassane, qui travaille dans un restaurant, il y a à Agadez deux types de personnes: celles qui croient à la cause des rebelles mais n'ont pas le courage de franchir le pas et celles plus téméraires qui partent "combattre".

"Si l'ennemi était étranger, j'aurai combattu, mais là c'est un conflit fratricide, je ne peux pas tirer sur mes frères soldats", admet toutefois Alhassane. Les forces de l'ordre stationnées dans la région sont conscientes que les dirigeants du MNJ bénéficient de complicités dans la population, mais elles redoutent que des arrestations massives ne provoquent un soulèvement populaire.

Une première rébellion touareg avait éclaté dans la région en 1991, et débouché en 1995 sur des accords de paix, prévoyant "une large autonomie" de gestion des zones touareg et la reconversion socio-économique des rebelles.
A l'époque les Touareg avaient justifié leur révolte par le fait que l'uranium, dont le Niger est le troisième producteur mondial, est exploité depuis 40 ans de leur sous-sol mais qu'ils n'en profitent absolument pas.
En 2006, l'assemblée nigérienne a voté une loi allouant 15% des bénéfices des sociétés minières aux collectivités sur le territoire desquelles le précieux minerais est extrait.

Pour le MNJ ce n'est pas assez pour résoudre les problèmes socio-économiques des "hommes bleus", et la paix ne peut s'instaurer qu'avec l'application intégrale des accords de 1995.

Le groupe armé dirigé par Agaly Alambo, qui travaillait autrefois dans le tourisme, exige que 90% des emplois des sociétés minières soient attribués aux locaux, et que ces sociétés injectent 50% de leurs revenus dans des programmes de développement de la région d'Agadez, une des plus déshéritées du Niger.

Le MNJ s'est déjà manifesté par l'attaque en avril d'un site géant d'exploration d'uranium du numéro un mondial, le français Areva, et plus récemment de l'aéroport d'Agadez et d'un escadron de l'armée dans le nord. Lors de cette dernière attaque, le bilan avait été lourd pour l'armée: 13 morts et 41 prisonniers.
"Regardez, autour de vous: rien que des jeunes désoeuvrés et la misère! Un peu d'investissements pour que la population puisse bénéficier de soins médicaux, d'écoles et de puits pastoraux, ne ruineront pas le Niger", lance un opérateur économique d'Agadez. "Au lieu de cela, on déverse des déchets radioactifs dans nos rues", maugrée un sympathisant d'une ONG locale basée à Arlit.

"On a cru étouffer la première révolte (des années 90) en distribuant de l'argent et des voitures à quelques influentes personnalités locales et en nommant d'ex-chefs rebelles à des postes importants, c'était pas la bonne option", analyse pour sa part Mohamed Sidi, un mécanicien automobile. Les partis politiques d'Agadez, qui n'ont pas désapprouvé les revendications du MNJ, ont réclamé samedi un cessez-le feu "immédiat" dans le nord, et demandé au président Mamadou Tandja "de tout mettre en oeuvre pour garantir la paix dans le pays". Niamey s'obstine pour sa part à nier toute résurgence d'une rébellion touareg dans le Nord, attribuant l'insécurité ambiante à des "bandits".
source:AFP

Niger: Un journal suspendu par le pouvoir

Le bimensuel Air info a été suspendu pour trois mois par les autorités nigériennes, qui ont également mis en garde trois autres publications coupables d'entreprise de "démoralisation des troupes" pour avoir évoqué des attaques de rebelles dans l'extrême Nord du pays. Le bimensuel avait consacré sa dernière édition à la couverture d'un raid des rebelles du Mouvement des Nigériens pour la justice (MNJ), qui s'était soldé par la mort de 15 militaires le 22 juin à Tazerzait, aux confins du Niger, du Mali et de l'Algérie. Le gouvernement de Niamey refuse de reconnaître le MNJ, qui accuse le pouvoir central de n'avoir pas tenu ses promesses contenues dans l'accord de paix de 1995 sur l'intégration des anciens combattants au sein de l'armée nationale et la fin de la marginalisation économique du Nord du pays.

vendredi 29 juin 2007

Niger: les Touaregs doivent être plus intégrés dans l'armée et les mines

une meilleure insertion des Touaregs dans l'armée, les corps para-militaires et le secteur minier local est une condition du retour à la paix dans le nord du Niger, a fait valoir le groupe armé touareg Mouvement des Nigériens pour la justice (MNJ).
Le MNJ, qui a revendiqué plusieurs attaques dans le nord ces derniers mois, a adressé ses revendications aux autorités dans un document dont l'AFP a pris connaissance vendredi.
Dans ce document, le Mouvement dirigé par Agali Alambo, un ex promoteur touristique, critique "la politisation" de l'armée et de l'administration ainsi que la gestion "mafieuse" des sociétés minières, principalement celles d'uranium basées dans le nord et dont les retombées ne profitent pas à la communauté des touaregs.
En vue de "corriger" la "sous-représentativité" des "Hommes bleus" dans l'armée, le MNJ exige qu'au moins deux officiers touaregs soient promus généraux, cinq colonels, dix commandants, et vingt autres capitaines.
Le MNJ réclame également le recrutement de 300 soldats touaregs et la promotion d'officiers touaregs à des postes de commandement militaire dans les régions d'Agadez et Tahoua (nord), majoritairement peuplées de Touaregs.
Le mouvement demande aussi le recrutement de cent jeunes touaregs dans la gendarmerie, autant dans la Douane et la Police, ainsi que la nomination de quarante commissaires dans les régions d'Agadez, Tahoua, et Diffa (sud-est).
Dans ces trois régions, il exige que les postes de Gouverneurs soient confiés à des Touaregs.
Le MNJ dénonce par ailleurs la "gestion mafieuse" des sociétés minières, dont celles du secteur de l'uranium dans lequel il réclame "l'arrêt" des prospections en zones d'élevage, principale activité des populations touaregs.
Pour résorber le chômage, le MNJ demande que 90 % des emplois des sociétés minières soient attribués aux locaux, et que ces sociétés injectent 50% de leurs revenus dans des programmes de développement de la région d'Agadez, une des plus déshéritées du Niger.
S'appuyant sur une revendication d'ONG touaregs, le MNJ réclame "une enquête indépendante" sur la radioactivité sur les sites d'uranium, exploités depuis 40 ans par Areva, numéro un mondial français du nucléaire civil.
Enfin, le MNJ souhaite que soient élucidés "les assassinats", celui en 1999 du général-président Ibrahim Baré Maïnassara et de Mano Dayak, figure emblématique de la rébellion touareg du début des années 90, mort dans un accident d'avion en 1995 dans le nord.
Pour le MNJ toutes ces revendications sont censées "compléter" les Accords de paix de 1995 qui avaient mis fin à la première révolte des Touaregs (1991-1995), en particulier les clauses prévoyant leur réinsertion socio-économique, la priorité à l'embauche des autochtones par les sociétés minières locales.La semaine dernière le MNJ a attaqué un poste militaire avancé dans le nord, affirmant
une meilleure insertion des Touaregs dans l'armée, les corps para-militaires et le secteur minier local est une condition du retour à la paix dans le nord du Niger, a fait valoir le groupe armé touareg Mouvement des Nigériens pour la justice (MNJ).
Le MNJ, qui a revendiqué plusieurs attaques dans le nord ces derniers mois, a adressé ses revendications aux autorités dans un document dont l'AFP a pris connaissance vendredi.
Dans ce document, le Mouvement dirigé par Agali Alambo, un ex promoteur touristique, critique "la politisation" de l'armée et de l'administration ainsi que la gestion "mafieuse" des sociétés minières, principalement celles d'uranium basées dans le nord et dont les retombées ne profitent pas à la communauté des touaregs.
En vue de "corriger" la "sous-représentativité" des "Hommes bleus" dans l'armée, le MNJ exige qu'au moins deux officiers touaregs soient promus généraux, cinq colonels, dix commandants, et vingt autres capitaines.
Le MNJ réclame également le recrutement de 300 soldats touaregs et la promotion d'officiers touaregs à des postes de commandement militaire dans les régions d'Agadez et Tahoua (nord), majoritairement peuplées de Touaregs.
Le mouvement demande aussi le recrutement de cent jeunes touaregs dans la gendarmerie, autant dans la Douane et la Police, ainsi que la nomination de quarante commissaires dans les régions d'Agadez, Tahoua, et Diffa (sud-est).
Dans ces trois régions, il exige que les postes de Gouverneurs soient confiés à des Touaregs.
Le MNJ dénonce par ailleurs la "gestion mafieuse" des sociétés minières, dont celles du secteur de l'uranium dans lequel il réclame "l'arrêt" des prospections en zones d'élevage, principale activité des populations touaregs.
Pour résorber le chômage, le MNJ demande que 90 % des emplois des sociétés minières soient attribués aux locaux, et que ces sociétés injectent 50% de leurs revenus dans des programmes de développement de la région d'Agadez, une des plus déshéritées du Niger.
S'appuyant sur une revendication d'ONG touaregs, le MNJ réclame "une enquête indépendante" sur la radioactivité sur les sites d'uranium, exploités depuis 40 ans par Areva, numéro un mondial français du nucléaire civil.
Enfin, le MNJ souhaite que soient élucidés "les assassinats", celui en 1999 du général-président Ibrahim Baré Maïnassara et de Mano Dayak, figure emblématique de la rébellion touareg du début des années 90, mort dans un accident d'avion en 1995 dans le nord.
Pour le MNJ toutes ces revendications sont censées "compléter" les Accords de paix de 1995 qui avaient mis fin à la première révolte des Touaregs (1991-1995), en particulier les clauses prévoyant leur réinsertion socio-économique, la priorité à l'embauche des autochtones par les sociétés minières locales.
La semaine dernière le MNJ a attaqué un poste militaire avancé dans le nord, affirmant avoir tué 15 militaires et en avoir capturé 72, 43 ayant été blessés.
Le gouvernement, qui a fait état d'un bilan de 13 soldats tués, 47 prisonniers dont 30 blessés, nie cependant toute résurgence d'une rébellion touareg et attribue l'insécurité ambiante à des "bandits".
afp:le monde.fr 29.06.07 http://www.lemonde.fr/